06. Le délit de librairie
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Parmi 7000 dossiers judiciaires instruits entre 1750 et 1798 émergent 128 actes de censure que motive souvent le procureur général : 102 et 13 interdictions d’imprimés respectivement séditieux et hostiles aux « alliés » de Genève ; 12 frappent des imprimés religieux, 14 des libelles diffamatoires ou obscènes. Entre enquêtes judiciaires, expertises typographico-légales et perquisitions d’imprimeries : la police du livre mène à l’autodafé public. Contrairement au texte « diffamatoire » ou « obscène », le pamphlet séditieux est brûlé par le bourreau devant la Maison de ville. Les bûchers culminent entre 1760 et 1771, puis 1777 et 1784. Liée aux troubles politiques de Genève, la censure se durcit en 1765, 1767, 1770, 1777 et 1780. Le feu assure la publicité de l’imprimé dangereux. |
Règlement sur l’imprimerie et librairie. Aprouvé en Conseil le 28. août 1761

BGE, Ms. fr. 981, folio 94v°-95 (photo Nicolas Crispini)
Règlement sur les imprimeurs approuvé au magnifique Conseil des Deux-Cent le 22 avril 1788, 4 pages
Déclaration des presses, monopole éditorial des imprimeurs patentés, dépôt légal, permission d’imprimer donnée par le scholarque ou la Compagnie des pasteurs : le contrôle étatique de l’imprimerie et de la librairie, souvent plus théorique que pratique, vise à prohiber la fabrication occulte d’ouvrages dangereux ou non conformes à l’orthodoxie protestante.

AEG, Girod 158/27
Pièce à conviction (libelle intitulé Atténuation complette de l’exploit) lacérée en Conseil par sentence criminelle
Diffamatoire pour une personne, l’imprimé devenu illicite est confisqué et discrètement lacéré en Petit Conseil pour éviter le tapage publicitaire de la censure.
AEG, P.C. 1ère s. 13452 (« impression d’un factum »), 1780
Rapport (« verbal ») de perquisition chez l’imprimeur Grasset
Menée par l’auditeur, l’enquête policière se déploie rapidement dans les imprimeries, ateliers, librairies et douanes de la cité pour identifier l’origine d’un imprimé suspect.

AEG, P.C. 1ère s. 13440 (« livre impie »), 1780, folio 6
Pièce à conviction : [Baron d’HOLBACH], Histoire critique de Jésus-Christ ou Analyse raisonnée des Evangiles, Amsterdam, 1778
Parfois, la censure fonctionne de manière peu spectaculaire lorsque les huissiers confisquent chez un imprimeur un ouvrage impie ou obscène. Cinquante exemplaires du livre matérialiste du Baron d’Holbach sont saisis chez l’imprimeur Gabriel Grasset avec des textes obscènes, libertins et mondains. Grasset devra notamment payer une amende de 500 florins (équivalence : 250 journées de salaire pour le travail d’un maçon).

AEG, P.C. 1ère s. 13440 (« livre impie »), 1780
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